21.02.2011
Rencontre avec Matthew Weiner, Mad Man
Le 9 février, le Forum des Images accueillait en grande pompe Matthew Weiner, le créateur et showrunner de Mad Men. Non content de célébrer à Paris la diffusion prochaine de sa série en haute définition sur Sundance Channel, il était accompagné de deux des acteurs les plus glamours : Christina Hendricks (Joan Holloway) et John Slattery (Roger Sterling).
La salle était comble pour cette master class animée par Olivier Joyard, journaliste spécialiste ès séries lisible dans les Inrockuptibles, Grazia, ou encore Numéro.
Durant près de deux heures, le public a écouté religieusement les anecdotes et les réflexions de l’auteur de la série aux huit Emmy Awards, quatre Golden Globes, deux British Academy Television Awards, trois Screen Actors Guild Awards et deux Writers Guild of America. Bref, l’événement sériesque de ces dernières années.
Best of.
Genèse
L’univers hollywoodien est impitoyable et Matthew Weiner himself en a fait les frais. Le showrunner a étudié la philosophie, la littérature et l'histoire à Wesleyan University avant d'obtenir un master à l’école de cinéma et de télévision de l’University of Southern California. A ses débuts, il prête sa plume à plusieurs séries télévisées, dont The Naked Truth, Becker et Andy Richter Controls the Universe. Pour compliquer les choses, ses contrats sont entrecoupés de longues périodes de chômage agrémentées de doutes.
Plusieurs années seront nécessaires à la préparation du projet et du scénario de base de Mad Men : « J’étais libre, j’ai pu écrire le scénario sans les habituelles consignes données par les chaines », retient Matthew Weiner. Grâce à la demande d’un auditeur, nous apprendrons plus tard qu’entre six et vingt personnes travaillent aujourd’hui à l’écriture du scénario.
Lorsqu’il a fallu démarcher les chaines, les choses se sont compliquées : « Je n’avais pas d’entretien, mais j’essuyais systématiquement des refus : peu de personnes prenaient la peine de lire mon scénario », regrette Matthew Weiner. Entre temps, après des échanges avec HBO, l’auteur est contacté par David Chase, le créateur des Sopranos. La série avait déjà commencé et Matthew Weiner y collaborera en tant que scénariste et producteur délégué jusqu’à la sixième et dernière saison.
Quand AMC, une modeste chaine, achète enfin Mad Men, les ambitions ne sont que nationales : « Personne ne considérait que ma série aurait du potentiel à l’étranger », précise Matthew Weiner en regardant amusé la salle comble pendue à ses lèvres. On considérait ce projet comme un risque : trois « petits » millions de dollars ont été alloués à la réalisation du pilote.
Le diffuseur étant relativement confidentiel, les audiences ne décollent pas dès la diffusion du pilote mais… les critiques, eux, applaudissent de concert.
Le carrousel du temps
Pour permettre une immersion collective dans l’univers de Mad Men et en analyser la forme et le fond, Olivier Joyard a sélectionné plusieurs extraits significatifs.
Moment clé de la dernière saison : la diffusion d’un spot publicitaire réalisé et commenté par Don Draper pour un projecteur Kodak. Un hymne au temps qui passe qui en dit long sur la série. On y voit Don Draper, Betty et leurs deux enfants, à différents âges, différentes saisons : c’est le carrousel du temps qui laissera sans voix les clients de Sterling Cooper. En revoyant ces (ses !) images, Matthew Weiner révèle que de nombreux détails ont été inspirés par sa propre famille : le mariage de Don et Betty ressemble à celui de ses propres parents et la scène avec le hot dog a été intégrée grâce au souvenir d’un pareil moment fixé sur une photo dans un album familial. Et quand toute l’équipe de la série récupère objets, vêtements et accessoires pour rendre une authentique ambiance fifties, c’est Mad Men qui devient une famille. L’authenticité, Matthew Weiner y reviendra plus tard, est l’une de ses principales obsessions. Il a soif de détails et souhaite donner à voir « la vraie vie ». Les acteurs transpirent, les personnages aussi, les cendriers débordent et la voiture de Don Draper n’est pas une Cadillac, « trop parfait », trop cliché sans doute, mais une Buick.
L’Amérique
Matthew Weiner nous parle aussi de la soif de réussite qui anime les Américains. Le créateur de Mad Men a grandi avec un leitmotiv paternel : « Pour réussir aux Etats-Unis, il faut être un WASP – White Anglo-Saxon Protestant » et de reconnaître : « Cela se ressent dans le passé tabou de Don Draper ou encore dans l’humour parfois grinçant de Roger Sterling ».
Influences
Cinéphile avant d’être sériephile, Olivier Joyard s’interroge sur les influences du créateur de Mad Men, série dont la « qualité cinématographique » (expression d’ailleurs discutable) a maintes fois été saluée. « Hitchcock ? Le cinéma moderne européen ? La Nouvelle Vague ? Antonioni ? » s’enquiert le journaliste. Matthew Weiner admettra sa filiation avec Antonioni (La Notte notamment) et le cinéma de Claude Chabrol.
Quant à l’avenir, Matthew Weiner l’appréhende sereinement : il souhaite continuer Mad Men jusqu’à ce que lui et ses collaborateurs ne soient plus en mesure d’innover. Ainsi soit-il.
>>> Diffusion de Mad Men sur Sundance Channel à partir du jeudi 17 février à 21h.
15:40 Écrit par Charlène Gourmand dans Séries TV, Télé | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : mad men, sundance channel, matthew weiner, forum des images, christina hendricks, john slattery |
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03.02.2011
Au menu : Séries à l’Orange

Les émissions consacrées (au moins partiellement) aux séries TV sont trop rares pour qu’on les ignore. Le 28 janvier, Orange Ciné Max a diffusé le premier numéro de "Ciné, Séries et Cie" qui, comme son nom l’indique, est consacré au cinéma et aux séries, une union aussi naturelle que légitime. A la tête de ce programme, les abonnés d’Orange retrouveront Sophie Soulignac (présentatrice de feu Sériescope), le cinéphile Stéphane Charbit et son équivalent sériephile Virginia Vosgimorukian.
Sur le plateau, l’équipe recevait les omniprésents Dany Boon, Benoît Poelvoorde, et Julie Bernard en plein marathon promo pour la sortie de "Rien à déclarer". Après un point sur l’actu séries de la semaine (l’annulation potentielle de "The Kenndys", "Falling Skies" : le nouveau projet de Noah Wyle et bien d’autres), on interroge les invités. Alors, sériephiles Dany Boon et Benoît Poolevorde ? Bah, manque de bol pour la première, pas spécialement. Du cinéma encore et toujours (on était prévenus !) avec un reportage cocasse sur Philippe Katerine (à l’affiche de "Je suis un no man’s land") en visite au Musée de la Chasse.
Côté séries, Virginia annonce une ambition très pédagogue, trop sans doute. Car s’il est bien normal de ne pas vouloir exclure les téléspectateurs néophytes (à plus forte raison lors du lancement d’une émission), peut-être est-ce regrettable d’ignorer le passé de sa chaîne et donc les acquis potentiels de son public. Le reportage de la partie consacrée aux séries pose ainsi une question basique : « Qu’est-ce qu’un showrunner ? ». Pour y répondre, les journalistes nous proposent les prestigieux témoignages d’Alan Ball, de Glenn Close, et de Bryan Cranston (Breaking Bad). Virginia Vosgimorukian a également profité de ce numéro pour nous rappeler la différence entre les grands networks américains (ABC, NBC, CBS…) et les chaines câblées (HBO, Showtime...). Du basique, oui, mais pas seulement. La dernière partie de l’émission est relevée par un vent de fraicheur : des tweets croustillants, du buzz, des infos insolites et lolantes ! L’occasion parfaite pour (re)découvrir les @ventures de Neil Patrick Harris (How I met your mother), Jorge Garcia (Lost) ou encore Lisa Eldelstein (Dr House).
A noter, l’émission se veut moderne et donc interactive : les téléspectateurs peuvent poser des questions aux invités et donner leurs avis sur les films et les séries via la page Facebook de l’émission et le site orangecinemaseries.fr.
Ciné, Séries et Cie, tous les vendredis à 22h40, sur Orange Ciné Max (rediffusions le samedi à 18h50 et le dimanche à 12h30).
Photo : © Orange Ciné Max
18:25 Écrit par Charlène Gourmand dans Cinéma, Séries TV, Télé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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15.12.2010
Le début de la fin
Il y a quelque chose de frustrant dans le fait d’écrire sur Dexter en commençant par la cinquième saison qui vient de s’achever aux Etats-Unis sur Showtime. Frustrant parce que, fatalement, on ne parlera pas ici des débuts et que, hélas, il ne s’agit pas de la meilleure mouture du programme.
Contextualisons. Fin de la saison 4, nous saluons le génie et l’audace des scénaristes qui, pour ne rien vous cacher, ont tué Rita, la femme de Dexter. L’expert en taches de sang aux pulsions assassines a donc du faire son deuil, une mission complexe pour un être pas complètement dénué de sentiment pour ses semblables. Introspection et enquêtes en retrait, devinait-on dans la promesse de cette cinquième saison.
Très vite, un nouveau personnage clé apparait. Il s’agit de Lumen (Julia Stiles), une jeune femme aussi blonde que Rita, littéralement détruite par de nombreux viols et autres tortures infligées par un groupe de détraqués. Dexter et sa très particulière conception de la justice vont alors s’en mêler. Tuer pour venger Lumen, voici le leitmotiv de cette saison. Traumatisée, Lumen n’est pas en reste : sa reconstruction passe aussi par le meurtre de ses tortionnaires et Dexter dévoile encore (après Trinity, Miguel, Rudy/Brian Moser, Lila) son vrai visage, son dark passenger.
Mais que d’incohérences et de lourdeurs romantico-ridicules ! On lui passe tout à Dexter l’endeuillé : la journée il ne se rend pas au poste de police, passe en coup de vent sur les scènes de crimes en prétextant des analyses à effectuer urgemment, la nuit (nuit et jour même) il confie son fils Harrison à la brave nounou irlandaise (Maria Doyle Kennedy). A plusieurs reprises dans cette saison, Dexter est à deux doigts de se faire pincer, mais les schémas sont inlassablement identiques. Résultat : la redondance nous use et on n’y croit plus vraiment.
Le revival Bonnie et Clyde version Dexter-Lumen est raté parce que trop naïf. Le summum est atteint dans l’épisode 11. Les « justiciers amoureux » comme les appelle Debra sont alors à la recherche de documents les concernant chez Quinn. Lumen passe au peigne fin l’ordinateur, et, malgré le manque de temps qu’impose la situation, la voilà qui précise à Dexter : « rien, à part une vidéo de chat qui a le hoquet et qui pète en même temps ». Et de lancer la vidéo. Et Dexter de la qualifier de « cute ». (C’est hilarant, certes).
Quant au dernier épisode, osons le qualifier de « blague ». Vengée, Lumen semble découvrir qu’elle n’est pas vraiment faite pour tuer (ah bon ?). Tout aussi étonné, Dexter comprend que son « dark passenger has gone », et qu’il ne pourra continuer que seul. Or, il n’a jamais été question d’une alliance amoureuse et meurtrière éternelle. Lumen voulait « juste » éliminer ses bourreaux. Et on a comme l’impression de s’être fait berner par les scénaristes. Doit-on relier directement cet affadissement de la série au départ de Clyde Philips, showrunner (et donc « papa ») des quatre premières saisons ? A n’en pas douter. L’équipe menée par Chip Johannessen (ex-24) aura l’occasion d’inverser la tendance avec la saison 6, d’ores et déjà commandée par Showtime.
Cadeau-bonus-bienvenue : la cultissime vidéo du chat qui pète en hoquetant, vue par Lumen et Dexter
14:43 Écrit par Charlène Gourmand dans Séries TV, Télé, Vidéo | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : dexter |
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